Où va le Venezuela ?

Loin de faire un monologue, je souhaite avec cet article apporter quelques éclairages sur la question vénézuélienne. Surtout quand notre pays, qui connait une forte contestation social accusant les gilets jaunes de factieux et s’aligne sur la politique étrangère de Trump, qui soutien ouvertement l’appel à la sédition de l’opposition vénézuélienne.

Pourquoi le Venezuela est au centre des attentions des grandes puissances ?

Le Venezuela est un pays producteur de pétrole, membre de L’OPEP (Organisation des pays producteur de Pétrole), possédant les plus grosses réserves mondiales de Pétrole. C’est un pays riche aussi en minerais comme l’Or et disposant de riches terres arables pour une superficie du double de la France pour 28 millions d’habitants environs.

De par sa situation géographique, le Venezuela est depuis la découverte de ses ressources Pétrolière, le deuxième fournisseur de brut des Etats-Unis après l’Arabie Saoudite.

Qui est Nicolas Maduro ?

Maduro acusa Bolsonaro de integrar ‘complô’ dos EUA para ...

Nicolás Maduro Moros, est le président du Venezuela. Élu une première fois, à ce poste, en 2013, après le décès de Chavez, avec une faible majorité de 50,6% des voix contre Henrique Capriles le candidat de l’opposition. Il se représente à sa succession aux élections présidentielles de 2018, qu’il remporte avec 67,8% des voix. Une élection marqué par une forte abstention et le boycotte d’une partie de l’opposition, le taux de participation fût de 32,3 %.

Proposé à ce poste par Chavez lui-même avant son décès, il avait occupé différentes fonctions dans les différents gouvernements d’Hugo Chavez, jusqu’au poste de Vice Président. Il est un des hommes qui fut de tous les gouvernements du président Chavez.

Qui est Juan Guaidó ?

Juan Guaido est le président par intérim de l’Assemblée nationale du Venezuela. Charge tournante occupé alternativement par les députés de l’opposition majoritaires à l’Assemblée nationale depuis les élections de 2015. Plus jeune député de l’Assemblée nationale, il appartient au même parti que Leopoldo Lopez ancien dirigeant de « Voluntad Popular », un parti de droite impliqué dans les émeutes de 2014 qui ont coûté la vie à plus de 40 personnes (tous bords confondus). 

Juan Guaido, s’est autoproclamé « Président du Venezuela » par intérim, après la prise de fonction de Nicolas Maduro. Soutenu dans sa démarche par les Etats Unis, ses alliés en Amérique Latine (les pays du groupe de Lima), ses alliés en Europe (la CEE) et autres états fantoches. Depuis, il appelle régulièrement les Vénézuéliens à se soulever contre un gouvernement dictatorial ainsi que l’armée à faire la sédition. Il a notamment a plusieurs reprise promis de demander une intervention militaire des Etats-Unis afin de se débarrasser de Nicolas Maduro.

"Es hoy, es ahora, empezó el cese definitivo de la ...

Suite à un coup d’état avorté le 30/04/2019, il a permis à Leopoldo Lopez d’échapper à sa peine de prison qu’il purgeait en résidence surveillé pour les émeutes de 2014.

Le Venezuela est-il une démocratie ou une dictature ?

Formellement, le Venezuela reste une démocratie, des élections ont lieu à tous les échelons de décisions du pays (mairie, régionales, Nationales). La presse est libre et nombre de journeaux appartiennent à l’opposition. Cependant, depuis la défaite du PSUV (le parti Chaviste) aux élections législatives de 2015, les entorses aux règles démocratiques deviennent de plus en plus fréquentes et sérieuses.

Cela commence avec la nomination de Juges à la cour suprême (TSJ) vénézuélienne proche du pouvoir à la suite de la débâcle électoral de 2015. Ces nouveaux juges installés ont invalidé toutes les décisions de la nouvelle assemblée nationale et permis au président Nicolas Maduro de gouverner par décrets-lois.

La deuxième entorse, à été la convocation d’une assemblée national constituante, dont les prérogatives sont illimitées et peut ainsi légiférer sans l’aval de l’assemblée national. Les 500 membres de cette assemblée sont désignés par moitié par les mouvements sociaux (proches des Chavistes) et par moitié par un vote où les partis politiques ne peuvent pas présenter de candidats à leur couleur.
Avec 41,5 % de participation (huit millions de votants), l’Assemblée nationale constituante est élue et légifère de facto. Loin de refondre la constitution elle se limite à legitimer les décisions de Maduro et de contourner ainsi l’assemblée nationale.

Il Venezuela paria - Limes

3ème entorse à la démocratie, l’utilisation systématique de groupes sociaux souvent armés pour réprimer les manifestations de l’opposition. Rarement pacifiques les manifestations au Venezuela finissent souvent dans le crépitement des balles, car beaucoup de Vénézuélien sont armés. Le gouvernement de Nicolas Maduro privilégie ses affidés des « collectivos » afin de laisser la police ou l’armée en dehors des opérations de répression les plus violente. Les opposants constituent aussi des bandes armés et les victimes se comptent souvent des deux côtés lors de ce type d’événements.

4ème entorse, la police politique. Le SEBIN, corps d’état des services secrets, est souvent impliqué dans des enlèvements, arrestation d’opposant qui se traduit souvent par des tortures et parfois par le décès des personnes arrêtés. Le SEBIN, est souvent cité dans l’organisation du passage de la drogue colombienne vers d’autres pays. Fait troublant, l’ancien directeur du Sebin, impliqué dans le narcotrafic à rejoinds l’opposition.

Unión Radio

Quel est l’état de l’économie Vénézuélienne ?

L’économie vénézuélienne dépens à 93% de ses exportations pétrolière. L’entreprise d’état PDVSA à en charge aussi tous les programmes sociaux mis en place par Hugo Chavez : Mission Ribas (médecins), Mission Robinson (alphabétisation), Mission Bicentenario (construction de logement) etc.

La chute des prix du Pétrole, consécutive au ralentissement économique de la crise capitaliste international de 2008 a durement frappé le Venezuela. Son impact à été décuplé par le choix des Etat Unis de puiser dans ses ressources stratégiques ainsi que de l’augmentation de la production Saoudienne, pour effondrer les cours. Ces politiques conjugués ont eu pour but de mettre à genoux l’Iran, la Russie et le Venezuela, trois pays hautement dépendant de leurs exportations d’hydrocarbures.

The Sloman Economics News Site

Comme le Venezuela, impose un contrôle des changes, afin d’empêcher la fuite des capitaux, les ressources en devise ont fortement baissés. Il faut savoir que le Venezuela importe 80% de son alimentation, les fonds nécessaires pour ces importations manques donc cruellement. Ce qui explique la difficulté de trouver de nombreux produits alimentaires ou sanitaire et pharmaceutique. Conjugué à cela, le fait que l’importation est quasi uniquement privé, les importateurs souhaitant échanger leur Bolivars (monnaie nationale) en Dollars font flamber les prix, et l’inflation galope, réduisant à néant les augmentations de salaire décidées par le gouvernement

Inflation au Venezuela –Tabaski : un kilo de viande coûte ...

Ajouté à cette situation, une corruption qui gangrène tous les rouges de l’état vénézuélien, où une nouvelle bourgeoisie de rapine à profité de la Révolution, pour faire des affaires et dilapider de nombreux fonds publics. Les cas sont légions, et récurrent de toutes les entreprises d’état, où les dirigeants ont préférés exporter une partie non-négligeable de la production vers l’étranger payé en dollars et se construire des fortunes. Ce qui explique bien souvent, les coupures d’électricité, de pénurie d’essence, de baisse de la production de Pétrole, les problèmes d’approvisionnement. Au sabotage conscient de l’ancienne oligarchie, s’ajoute celle plus profonde de la bolibourgeoisie qui saigne littéralement à blanc les ressources du pays.

Le Venezuela connait-il la famine ?

L’opposition, alerte depuis plusieurs mois, sur une crise alimentaire dans le pays, et évoque très souvent la famine au Venezuela. La réalité n’est pas rose au quotidien, et les pénuries sont fréquentes. C’est surtout l’inflation galopante qui prive de nombreux Vénézuélien à l’accès aux ressources alimentaires de manière variée et récurrente. Très concrètement, le régime alimentaire des Vénézuéliens a fortement diminué et 9 Vénézuéliens sur 10 disent ne plus pouvoir acheter leur nourriture quotidiennement. Pas un jour ne se passe sans un magasin dévalisé, ou un camion de ravitaillement ne soit pas attaqué par une population désespéré. Le Vénézuélien moyen à perdu 8,5kg en moyenne en 2016. Si il n’y a pas formellement de famine au Venezuela, la situation alimentaire est très précaire, surtout chez les plus humbles qui ne survivent que des maigres aides de l’état, elles même réduites suite aux baisses des cours du Pétrole.

Le socialisme bolivarien c’est quoi ?

Initialement, le Socialisme du XXIème siècle, est la version moderne du Socialisme. Dans les faits, le Venezuela n’est pas encore un pays Socialiste. L’économie est hypertrophiée par l’Etat, mais comme dans les gouvernements précédents, c’est l’état qui dirige l’économie avec la main mise sur PDVSA – l’entreprise nationale Pétrolière – qui amène 93% des ressources financières du pays. Nous sommes plus dans un cas de Capitalisme d’Etat que d’un Etat Socialiste à proprement parler. Les travailleurs ne contrôlent ni l’état, ni les entreprises, encore moins la gestion des finances de PDVSA. Une caste de dirigeants « progressistes » dirigent le pays dans l’intérêt des masses laborieuses, mais bien plus dans ses intérêts propres souvent croisés avec ceux de l’ancienne oligarchie. Toutes les entreprises nationalisées ont été mises entre les mains de dirigeants bureaucrates dont la médiocrité ne rivalise qu’avec leur gout pour la rapine, et le bilan est désastreux, le coup de grâce étant porté par ces cliques de bureaucrates se faisant des fortunes sur l’appareil productif lui-même. Difficile de trouver du café « Fama America », du lait « Los Andes », de l’acier de « Sidor », des toilettes de « Sanitarios de Maracay » etc… tous ce que les dirigeants Chavistes ont touchés à été ruiné. Même l’entreprise Pétrolière à été sucé jusqu’à la moelle, et les sous-investissements chronique ont fragilisé l’appareil productif au point que de 3 millions de barils/jour produits à l’époque de Chavez, PDVSA ne produit plus que 1,5 millions de barils/ jour aujourd’hui.

De vraies fortunes se sont constitué sur tous les contrats d’état, et le détournement des fonds alloués à la maintenance des infrastructures électrique, routière, aquifère… Qui ont laissé le pays dans un état de délabrement avancé.

Venezuela: une longue panne électrique aux conséquences ...

Si ce phénomène commence durant l’époque Chavez, c’est souvent l’arbitrage de ce dernier, sous la pression populaire, qui empêche un dépeçage en règle. Depuis sa disparition, les cas avérés se sont multipliés jusqu’à la fonte de la manne pétrolière. Depuis lors, les guerres de clans au sein de la caste dirigeante, ont crée une scission dans les rangs Chaviste. Nombre de corrompus ont quitté le navire, car mis à l’index par Maduro et Cabello, et rejoint les rangs de l’opposition. Les cas les plus éclatants étant celui de l’ancienne ministre de la Justice, Luisa Ortega Díaz, démise de ses fonctions manu militari et dont le mari est mis en cause dans l’immense trafic de corruption de la firme Odebrecht. Ainsi que l’ancien directeur des services secrets militaires sous la présidence d’Hugo Chavez, le général vénézuélien Hugo Carvajal, arrêté à Madrid le 12/04/19, pour organisation du narcotrafic, et qui à le 21 février rejoint les rangs de l’opposition en reconnaissant Juan Guaido. Tous ne sont pas parti, malheureusement, ceux qui ont l’oreille et parti lié avec Maduro et Cabello continuent de prospérer dans les décombres de l’état Vénézuélien. Ce sont principalement les généraux de l’armée encore lié aux trafic divers et variés dont l’armée assure la logistique (importation de biens manufacturés, d’aliments..). Il est à noter que l’opposition qui critiquaient nombre de corrompus est heureuse de les accueillir dans ses rangs et de voter à l’assemblée national une lois d’amnistie pour ces derniers.

Qui était Chavez ?

Chavez est un militaire, qui, après une tentative de coup d’état en 1992, à été élu en 1998 à la présidence du Venezuela. Il a justifié son coup d’état, comme une réponse de justice populaire contre l’oligarchie vénézuélienne qui en 1989 avait envoyé l’armée mater la révolte populaire en laissant un lourd bilan de 3000 morts et 5000 blessés connus sous le nom de Caracaso. Il promet la refonte de la constitution, la distribution des terres aux paysans pauvre et la re-nationalisation des entreprises vitales, privatisé durant les années 80 sur demandes du FMI. Depuis, il sera réélu successivement en 2000, 2004, 2006 et 2012. Fortement populaire, il tire son aura auprès des couches les plus défavorisés du Venezuela, du fait de ses réalisations sociales qui permettent de mettre fin à la faim, à la misère, et à l’analphabétisme.

Quel est l’appui populaire à Maduro ?

L’appui populaire à Maduro c’est beaucoup réduit au fil des années, sous l’effet conjugué des problèmes économique et des dérives autocratiques du pouvoir. Cependant, malgré un fort mécontentement son appuis n’est pas nul. La base Chaviste, les quartiers populaire qui profitent des aides de l’état, notamment le système de CLAPS qui permet d’acheter des produits alimentaire à prix régulé, reste en majorité fidèles au pouvoir de Nicolas Maduro. Ceci ne représente plus une majorité de la population, mais une minorité puissante d’environs 25 à 30% de la population. De son côté l’opposition n’arrive pas à agréger les mécontentement, et les nombreux appels de Juan Guaido aux manifestations, à la sédition de l’armée ne lève pas le peuple vénézuélien en masse. D’où les aventures suicidaires de coups d d’état mal préparé ayant plus pour but de provoquer un bain de sang, « casus belli » indispensable pour une intervention armée des Etats-Unis.

Le dernier en date, qui à permis la remise en liberté de Leopoldo Lopez, à au contraire permis aux Chaviste de resserrer les rangs, et de faire du 1er mai une démonstration de force – La révolution Bolivarienne n’est pas encore enterré.

Que représente l’opposition et quels intérets défend-elle ?

L’opposition à Maduro est assez multiformes, composé principalement des anciens oligarques, de patrons d’entreprise, d’ecclésiastiquement, et de Chavistes repentis. Renforcés dernièrement par des cadres du régime, en mal de reconnaissance, ou à la recherche d’une amnistie pour leurs précédentes activités.

De nombreux partis composent l’opposition, si pendants longtemps ce furent les « sociaux-démocrates » d’Action démocratique qui menaient l’opposition avec Capriles Radonski, ce sont aujourd’hui les plus radicaux, ceux qui prônent la violence pour en finir avec le Chavisme, qui dirigent l’opposition. Le parti qui les représente est « Voluntad Popular » impliqué dans tous les coups de force depuis 2014.

Fortement financée par les USA, l’opposition trouve une oreille attentive auprès des dirigeants démocrate ou républicain qui leur donne un accès à toutes les instances internationales contrôlés par ces derniers. Mélange de « fake news » et de vérités concrètes, le discours de l’opposition fraye son chemin dans l’opinion publique vénézuélienne au gré des frustrations provoqués par une économie en faillite.

Si l’opposition n’a pas pu reprendre le pouvoir, c’est en grande partie à cause de ses dissensions internes, ses dirigeants étant tellement prompte à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, se querellant sur le leadership et le contrôle de l’État.

Laisser un commentaire